Il perturbe, choque, importune, mais laisse rarement indifférent; tant par son apparence que par les discours qu'il tient. Tout ce qu'il dit est enjolivé ou déparé, il prétend être objectif, en réalité il ne l'est pas. La réalité l'effraie mais il sait qu'il ne peut pas y échapper, par conséquent il se contente juste de l'ignorer, de fabuler et nier toute affirmation, même celle qui s'avère être la plus véridique.
Il est distrait, pour ne pas dire dissipé. Il passe sa vie à rêver de ce qu'il n'aura probablement jamais. Il ne sait pas apprécier les petites choses, la folie des grandeurs l'a toujours rongé. Il divague, et tombe de haut lorsqu'il revient à la réalité, et ce dans tous les domaines. Ses erreurs ne l'ont pas construit, elles l'ont au contraire bien avarié. Il n'en a tiré aucun profit, aucune leçon. Les bons temps de la discipline se sont consumés en intolérance, et cela ne manque pas qu'à lui.
Il arrive divinement bien à détourner l'attention sur autre chose lorsque celle-ci le pointe du doigt. Il n'hésite pas à mentir une fois de plus, s'il sent le danger s'approcher un peu trop près. Les gens croient tout ce qu'on leur dit, ils ne font ni attention aux signes ni aux incohérences, même si celles-ci sont flagrantes. Il est parfois plus facile de mentir que de respirer, et le petit-être l'a bien compris. Il avance, distrait quelques pigeons qui rôdent, sourit sur le coup, puis regrette ensuite. L'image qu'il véhicule n'aurait jamais existé s'il avait vécu différemment ces trois dernières années, et s'il avait su mettre son égoïsme de côté, ne serait-ce qu'avec elle. Mais l'image existe, elle ne le reflète pas spécialement, mais elle est là. Présente. Pesante. Il a toujours pensé qu'il ne fallait jamais montrer ses faiblesses, et que quelqu'un qui les montrait était faible. L'auto-manipulation était alors indispensable. Elle l'était. Elle ne l'est plus. Mais le petit-être est prisonnier d'une image falsifiée, de paroles trop souvent prononcées, et d'actes trop souvent répétés. L'auto-protection n'est plus nécessaire, elle ne sert plus à rien, mais les réflexes reviennent chaque jour. Il se lève, encore plus fatigué que la veille, il simule, fait sa route, rentre, se couche. Il n'avance pas. L'heure est à la stagnation, et l'heure dure depuis bientôt deux ans. Il abandonne ou échoue dans tout ce qu'il entreprend, trop occupé à s'occuper de lui-même et de son image. Il regarde le passé avec amertume, et plonge dans la répulsion.
Il souffre, comme tout le monde, contrairement à ce qu'ils* croient, il n'est pas imperturbable.