Il était tard. Il achevait son exténuante journée couché dans l'herbe, pétard dans une main, verre de whisky dans l'autre; admirant profondément les quelques rayons de soleil qui ne demandaient eux aussi qu'à disparaître. Comme chaque soir, il s'attardait durant des heures sur sa propre existence, les problèmes plus ou moins futiles auxquels ils devaient faire face, et sa relation explosive avec son entourage. Le soupçon de chaleur qui planait encore l'empêchait de réfléchir à son aise. Il était exténué; exténué par une introspection trop intense, et par le manque de réflexion qu'il accordait à ce qui l'entourait. Il a toujours octroyé, volontairement ou non, plus d'importance à sa petite personne qu'aux autres; et cela avait à la fois le don de l'agacer et de le rendre fier. Insolent paradoxe. Il finissait inlassablement son joint, le quatrième de la journée, malgré son état de somnolence visible depuis les étoiles; lieu qu'il aurait aimé rejoindre en période de crise et quitter en cas de rêve encombrant. Il était à la dérive, son mode de vie était à proscrire, il le savait, mais ne ressentait nullement le besoin et l'envie de le changer. Cette nuit-là, et comme toutes les autres, il s'endormit péniblement, avec l'espoir secret de se réveiller en étant quelqu'un d'autre.


Photo d'un bourré prise par une bourrée.

# Posté le vendredi 11 juillet 2008 03:37

Modifié le vendredi 22 août 2008 07:45

Il était fils unique, et à défaut de jouer aux voitures, il préférait jouer avec le danger. A dix ans déjà, il s'adonnait à des jeux à risque, pendant que ses camarades tentaient d'embrasser leur amoureuse au jeu de la toupie. A douze ans, il but son premier verre d'alcool, et enchaîna l'année suivante avec sa première cuite. Lors de sa treizième année, il flirta, et même un peu plus, dans la cave de son immeuble; avec l'espoir caché de se faire surprendre en action. Cette même année, il fit un régime draconien, allant jusqu'à dépenser plus de calories qu'il n'en ingurgitait. Un an plus tard et vingt-cinq kilos en moins, il s'apprêtait à connaître le danger le plus important de son existence : l'amour.

# Posté le jeudi 26 juin 2008 10:27

Modifié le lundi 14 juillet 2008 12:18

Je laisse mes yeux se promener dans la pièce obscure, tentant de calmer la crise d'angoisse dont je suis victime depuis plusieurs minutes. Ma respiration vit au rythme de la musique, elle s'y accroche, et semble mourir à la fin de chaque morceau. La fumée envahit la pièce, le tabac noircit mes poumons comme mon égoïsme me noircit. Je suffoque, ou semble suffoquer, à la vue du moindre objet traînant dans mon territoire et dénonçant mon changement. Au sol, les chaussures que je n'aurais jamais osé porter il y a moins d'un an m'interpellent, peut-être parce que rien d'autre ne traîne. L'ordre règne. Vu le désordre personnel dans lequel je vis, on pourrait difficilement croire qu'il s'agit de ma chambre. Mon univers est falsifié, je suis la copie conforme de tout ce que je ne veux pas être et méprise. Cette identité s'efface au premier pas posé dans cette pièce, et la triste réalité me rattrape : j'ai un problème. Celui de ne pouvoir être moi-même que dans ces treize mètres carré. Celui de paraître, au lieu d'être. Celui d'exister au lieu de vivre. Celui de ne pas croire en l'amour, alors que je suis amoureux. Celui de me laisser souffrir, et de me plaindre ensuite d'un degrés de souffrance trop conséquent. Oui, il s'agit bien d'un seul et unique problème : il tourne autour de mon instabilité déconcertante et démesurée. Les pensées noires disparaissent, et je me sens disparaître avec elles. La crise est terminée, ma cigarette consumée. Ma respiration revient; mais ma tête souffre.

# Posté le vendredi 13 juin 2008 01:44

Modifié le lundi 04 août 2008 08:13

Avancer, sans parfois savoir pourquoi l'on avance, tenter de comprendre, ouvrir les yeux, réaliser enfin. Mettre toutes les chances de son côté, enfermer les craintes aussi bêtes qu'intolérables, quitter partiellement l'égoïsme, et avancer. Avancer, et faire un choix : celui de vivre ou d'exister.

Avancer, sans parfois savoir pourquoi l'on avance, tenter de comprendre, ouvrir les yeux, réaliser enfin. Mettre toutes les chances de son côté, enfermer les craintes aussi bêtes qu'intolérables, quitter partiellement l'égoïsme, et avancer. Avancer, et faire un choix : celui de vivre ou d'exister.

Je m'étais promis de les oublier, de les enterrer avec réussite, et de renaître enfin. Renaître, sculpté et construit par mes défaites, affermi par l'assurance et l'optimisme, parvenant enfin à combler le vide et à acquérir le non acquis. Il n'en est rien. Les jours défilent, les années passent, et toujours le même bilan : l'échec. L'échec d'une histoire, d'une relation; l'échec d'une vie, la fin d'un espoir. Je tombe de haut, me relève ou fais semblant, mais la vie reste rythmée de la même manière, le cercle devient vicieux et insolent.

# Posté le vendredi 16 mai 2008 13:25

Modifié le lundi 04 août 2008 08:14

Je ne suis pas de plus en plus méchant, je suis juste de moins en moins hypocrite.

# Posté le mardi 06 mai 2008 14:47

Modifié le lundi 14 juillet 2008 10:43

" Tous des tordus, tous en vie, tous à rire, à pleurer, à bouffer, à baiser, à croire que leur vie n'est finalement pas la leur. Des milliards de petites vies parallèles qui ne se croisent jamais, et la joie de faire croire qu'on est en bonne santé alors que pas du tout. "

" Tous des tordus, tous en vie, tous à rire, à pleurer, à bouffer, à baiser, à croire que leur vie n'est finalement pas la leur. Des milliards de petites vies parallèles qui ne se croisent jamais, et la joie de faire croire qu'on est en bonne santé alors que pas du tout. "
Le bonheur semblait inévitable, et pourtant, la réalité était en rupture avec son train de vie. Il souriait, souriait avec violence et abondance, jusqu'à ne plus y croire. Sourire pour mentir, mentir pour réjouir. Réjouir pour triompher, avec la fierté d'affirmer qu'il a triomphé seul, guidé par son ambition et gêné par son égoïsme surdimensionné : tel était son but. But oublié, sous l'acharnement de son instabilité et de l'incompréhension générale. La vie, les gens, les animaux, la nature; tout lui faisait peur, et ne pas les comprendre l'effrayait encore plus. La crainte était à son apogée durant son adolescence, période qui le plongeait dans une répulsion totale et profonde. Pourquoi ? Comment ? Il n'en savait rien, et ce n'était pas faute d'avoir chercher. Personne n'en savait rien. Les questions ne méritaient alors plus d'être posées, il lui fallait vivre, ou plutôt exister, comme tous les autres; sans trop se poser de questions. Exister, sans jamais oublier qu'il ne fallait être ni trop bon, ni trop mauvais, il fallait être juste et ne pas trop briller, sous peine d'une incompréhension et d'un rejet encore plus grands.

# Posté le jeudi 24 avril 2008 14:40

Modifié le lundi 04 août 2008 08:14






La première pièce

Vous m'y avez conduit, poussé, et enfermé. La pièce semblait grande, respirait la sérénité, et laissait entrevoir l'horizon. Je n'en ai guère profité, la fatigue l'emportait. J'attendais, l'ouverture de cette porte aveuglante, la main qui se tendait, et la respiration, bien réelle. Les volets se sont refermés, je les ai suivi. Plus de lumière, plus d'horizon. Un voile de mystère, comblé par l'espoir. Espoir rejeté, couleur jaunâtre. J'aurais pu m'y baigné. Répulsion. La pièce est devenue petite, avant de devenir minuscule. Les sentiments s'entremêlaient, rongeaient, l'explosion semblait inévitable, une fois de plus. Explosion préméditée. Ma conscience criait au scandale. Son cri vous a réveillé. Les clés ont embrassé la porte. La lumière traversait la pièce, elle m'illuminait, illuminait mon espoir haut placé. La porte s'est ouverte. Déception. Je n'ai guère bougé, vous m'avez contemplé, je vous ai refusé avec fierté, avant que vous ne refermiez cette porte avec acharnement. Incompréhension. Deux doigts, et c'était reparti...
Pour l'obscurité.

# Posté le dimanche 30 mars 2008 15:21

Modifié le lundi 14 juillet 2008 10:37

J'alterne entre fiction et réalité, et les gens s'y perdent. L'illusion presque parfaite revient. Dans le fond, l'important n'est pas de savoir si ce que je dis est du vécu ou non, car dans les deux cas, les mots viennent du même endroit.

J'alterne entre fiction et réalité, et les gens s'y perdent. L'illusion presque parfaite revient. Dans le fond, l'important n'est pas de savoir si ce que je dis est du vécu ou non, car dans les deux cas, les mots viennent du même endroit.
Une question, une de plus. Une réponse en moins. C'est l'incompréhension. Tout se mélange, tout disparait pour mieux réapparaître. Les idées s'embrouillent, les buts semblent trébucher de nouveau, l'âpreté des interrogations l'emportent. Abandon. Sourire, tenter d'oublier, une nouvelle fois. Un faux pas, un de plus, que je vais m'empresser de cacher, d'une manière ou d'une autre. Le soucis du détail, la recherche de la perfection, rien ne me réussit. Je devrais quitter ce qui ne me va qu'à moitié, pour rejoindre le concret. Tant de fois, j'ai prononcé ou écrit ces paroles. Tant de fois, je me suis trahi, pour non respect des règles. La fierté crie eu scandale. Nouvelle ellipse. Nouvelle erreur, nouveau faux pas. Analepse. Sourire, tenter d'oublier, une nouvelle fois. Se mentir, une nouvelle fois.

[ ... ]

Tout se bouscule, si vous saviez. Des sentiments ne demandent qu'à sortir, à exploser, et à refuser tout nouveau conditionnement. Mais la crainte est là. Crainte d'une nouvelle perte, d'une nouvelle déception. D'une estime trop haut placée, d'un espoir volatilisé. Donner sa confiance, c'est se donner entièrement, se livrer sans aucune concession. Aimer est un jeu, et je n'ai pas très envie de jouer. On se cherche, on se trouve, on profite, on s'éclate, on passe à autre chose; et on prétend aimer.



Le besoin d'agir.




Pourquoi suis-je terrifié par tout ce qui m'attire ?

# Posté le dimanche 30 mars 2008 13:32

Modifié le lundi 04 août 2008 08:15









Souvenir d'une époque.

# Posté le dimanche 30 mars 2008 12:29

Modifié le lundi 04 août 2008 08:15