Avouer notre Amour n'est pas toujours chose facile, le crier l'est encore moins, pour des questions de pudeur, et parfois même pour des questions de moeurs. Et lorsque les deux s'associent, alors, la tâche devient encore plus compliquée. On tente d'ouvrir notre coeur, un peu, on attend, on l'ouvre un peu plus... et la personne s'en va avant même qu'on ait eu le temps de lui dire. On a qu'une seule envie, celle de détruire chaque obstacle susceptible de barrer la route qui nous mène vers le bonheur. Encore faut-il avoir la force, et le courage de passer au-delà des réflexions que l'on s'apprête à recevoir, pour des questions de moeurs, toujours. On est effrayé, on n'ose rien dire, rien faire, on espère juste que la porte du Bonheur s'ouvrira devant nous, suffisamment tôt, avant que notre Amour se soit volatilisé ou qu'il est simplement été rompu. On espère trop, on n'en fait pas assez. Et si la porte du Bonheur commençait ici ? Pourquoi ne déciderions-nous pas que c'est ici que les obstacles se détruisent, et laissent place à l'idylle dont nous rêvions ?
Je m'y aventure. J'ai la gorge nouée, le coeur qui s'emballe, la porte est ouverte, et je ne compte pas la refermer. Je m'élance, sans réfléchir.
Je t'aime.
Pour toi*.
Et il reprit la route, rassuré, confiant, serein. Il s'extasiait devant le ciel bleu de cette belle journée d'été comme un enfant pourrait s'extasier devant un stand de peluches géantes. Il marchait, le sourire jusqu'aux oreilles, sa satisfaction et sa bonne humeur étaient visibles depuis la voie lactée. Il semblait enfin prendre plaisir à vivre, lui qui n'avait jusque là fait qu'exister. C'est la tête remplie de rêves et d'ambition qu'il continuait sa route, route qui, elle aussi, lui semblait moins longue, et moins périlleuse. Il avait moins peur, et lorsque ses phobies remontaient à la surface, il les effaçait de ses pensées en s'imaginant dans les bras de celui qu'il a choisi. C'était cela, la définition de son bonheur. Être dans ses bras. Ne plus douter, ne plus penser, et se laisser porter, par toute la folie dont son mètre soixante-sept était envahi.
Peut-être s'apprêtait-il à le regretter, peut-être. Mais il n'y songeait pas, pour l'instant, il jouissait de ce qu'il avait réussi à acquérir.
J'éprouve encore le besoin de parler d'Amour, ce sentiment qui m'anime depuis peu et qui semble totalement me transformer. Ai-je envie d'en parler parce que je suis éméché ? Peut-être. Mes sentiments ressortent toujours un peu plus après une alcoolisation, qu'elle ait été euphorisante ou totalement destructrice. Je ne réfléchis pas, ne relis rien, je laisse mes pensées aller et venir, mes doigts s'agitent sur le clavier, les phrases se forment, et mon coeur galvanise. Je souris, sans raison, je suis amoureux, c'est sans doute cela. L'amour me rend pathétique, j'en ai conscience, mais je continue à sourire, malgré l'image du parfait homme-cucul que je me forge. Image que moi-même je méprise.
Jamais je n'aurais pu dire tout cela il y a encore quelques semaines, et peut-être même que je serai incapable de les prononcer demain. C'est cela, l'Amour. Avec lui, on ne cesse d'évoluer, de passer d'un sentiment à un autre, on pleure, on rit, on souffre, on jouit, on s'aime, et on ressent ou non le besoin de le dire. L'Amour nous fascine, l'Amour nous fatigue. L'Amour nous bouleverse, l'Amour nous transperce. Sa présence démange, et son absence dérange.
Je cesserai de lui dire des mots doux, je ne sais pas quand, mais je cesserai. Il est peu probable que je continue sur cette voie-là, confiant à toutes mes amies les feuilles blanches que je suis amoureux.