Quanrante-huit heures en vrac.
Il est presque vingt et une heure. J'attends toujours.
Et je commence à croire que je pourrais toujours attendre, toujours crever, rien ne le fera venir de son plein gré... à part une nouvelle menace. Je suis tenté. Mais non, je ne dois pas faire de faux pas, pas maintenant. Tout cela ne tient déjà plus qu'à un fil. Et encore, un fil, c'est vraiment enjolivé la chose !
Six heures cinquante-quatre, j'ai très mal dormi, comme d'habitude. Je n'ai fait que penser à lui, penser à nous, à notre éventuel avenir, à notre éventuelle rupture, au bonheur qui m'échappera sans doute des mains d'ici... ce soir ?
Dix-sept heures quarante-huit. Toujours pas de nouvelles de lui, mais bizarrement, je n'y ai pas pensé de la journée (et celle-ci fut bonne). J'ai le ventre rempli de céréales et de galettes bio, je crois qu'il explose si je lui fais encore avaler quelque chose aujourd'hui. Je suis d'ailleurs étonné qu'il n'ait pas déjà explosé. Je suis exténué, j'ai peur, j'attends qu'il vienne, il ne viendra pas, je le sais; et pourtant, il faudra attendre.
Dix-neuf heures trente. On a levé la tête vers le ciel, tentant de trouver en lui un soupçon de réconfort qui nous ferait avancer : un reflet bleu, aussi léger qu'il soit. Et le ciel nous est tombé dessus, au moment où on s'y attendait le moins. L'amour a été endommagé, la confiance aussi, tandis que l'incompréhension continuait à dominer, et les craintes à se multiplier. On ne savait plus où donner de la tête, on finissait par la perdre. On remettait nos idées en place, tentait d'analyser la situation, mais c'était un nouvel échec. Les doutes l'emportaient, une fois de plus. On était effrayé, effrayé par le lendemain et ce qu'il s'apprêtait à nous faire endurer, on ne voulait plus rien encaisser, on ne pouvait plus. Alors, on laissait nos sentiments nous guider. Après ce long silence, il était temps pour eux de s'exprimer. Ils nous portaient, on se laissait faire, même si la route vers laquelle ils nous emmenaient ne nous semblait pas être la bonne. On avait confiance en eux, après tant d'échecs, on n'avait de toute manière plus rien à perdre. Et on se fichait des conséquences. Il* n'était désormais plus là pour déclencher une seconde vision apocalyptique. Mais il était toujours dans le collimateur de mon coeur déchiré.
Vingt heures vingt-quatre. J'en ai plus qu'assez. Il n'a qu'une seule chose à me dire : si on arrête, ou si on continue; et j'accepterai sa décision. Ce n'est quand même pas compliqué.
Vingt et une heure trois. Depeche Mode en fond sonore, je laisse mon esprit s'égarer, avec à la main ce que je m'étais promis de ne plus tenir... dans un de mes rêves. Mais, ce n'était qu'un rêve. Je la tiens, cette chose, et j'aime ça. (Pas de connotation sexuelle là-dedans !)
Je me rend compte d'une chose. Je prétendais qu'elle* était ma colonne vertébrale, mon pilier, ce qui me maintenait en vie. Et malgré le fait que je sois encore en vie, j'avais raison. Elle* n'est plus là, et chaque jour, je m'effondre un peu plus. J'ai peur.
Je dois ouvrir les yeux. Il ne m'appellera pas. Mais, en gros naïf, je continue à y croire, à croire que rien n'est perdu et que tout reste à faire. Stupide ? Le mot est faible.
Vingt et une heure cinquante-quatre. Je quitte ce Monde virtuel, celui auquel je suis accroché depuis des heures. Je rejoins mon lit pour écrire, fumer, me plonger dans une atmosphère presque indescriptible. Les murs s'imprègneront de la fumée, et le papier blanc de mes mots encombrants. Je m'apprête à mal dormir, comme à mon habitude, sauf s'il daigne m'appeler pour m'annoncer ce que je veux entendre. Ce qui n'arrivera pas. Donc, je m'apprête réellement à mal dormir.
Six heures cinquante. J'ai effectivement mal dormi, j'ai pleuré toute la nuit, ce que je m'étais promis d'arrêter. A quoi bon pleurer pour quelqu'un qui se fiche de vous ? Je crois que ma connerie et mon Amour pour lui m'auront un jour. Et ce jour, c'est peut-être demain. On n'en sait rien.
Vingt heures cinquante-deux. Je jette mes mégots de cigarettes par la fenêtre, donc d'une certaine manière, je jette mon argent par les fenêtres. En parlant de cigarettes, voilà vint-cinq heures que j'ai mon paquet, et il me reste dix cigarettes. Je suis fier de moi. Ces quelques lignes sont d'un superficiel à peine croyable, mais ce soir, je n'ai pas envie de me forcer à bien écrire, voire même à réfléchir. Le ciel m'est une nouvelle fois tombé sur la tête, c'est un nouveau coup de massue que je dois encaisser, tant bien que mal. Et pour la première fois depuis plus de trois semaines maintenant, je n'ai pas envie qu'il* m'appelle ce soir. Je n'ai pas envie d'entendre ce qui fait mal, car oui, s'il m'appelle, je suis presque sûr que j'entendrai ce qui fait mal. Pessimisme ? Réalisme ! Il m'aurait déjà appelé si c'était pour m'annoncer une bonne nouvelle. Ou pas. Non, en fait, je ne sais pas. Je n'ai pas d'arguments valables pour prétendre que ce que je dis est vrai, je ne sais même plus si ce que je dis tient réellement la route. Ce qui est sûr, c'est que moi, je ne tiens plus du tout.