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J'aurais pu la tuer, cette petite coccinnelle rouge.

Lettre à un séraphin.
Même s'il est vrai que je n'aurai probablement jamais l'occasion de connaître la vérité, votre vérité, telle que vous l'avez vécue, ressentie, celle que vous avez vraisemblablement eu envie de me faire connaître et partager, même si mon être se place encore en martyr à ce jour, qu'il continue à errer parmi mes craintes les plus profondes -les mêmes qui ont contribué à votre chute et véhiculé chez vous une affliction qui, je me dois de le dire, me tourmente plus que tout, et qui annonce les prémices de ma propre chute tant le repentir est intense, tant cette ineptie qui me colle à la peau me débecte-, je vous demande, belle créature, d'accepter mes plus sincères excuses. Je ne demande rien d'autre que l'écoute et l'acceptation de celles-ci, je n'implore pas votre pardon, même s'il est vrai -honte à mon âme pitoyable !- que j'en rêve encore, cela serait fort grossier de la part de celui qui vous a causé tant de préjudices, qui a jeté votre âme sous prétexte qu'elle n'était pas suffisamment brave, toujours sous les ordres de cette insanité et de cet égoïsme à toute épreuve -mais qui, dans le fond, ne sont que le reflet d'un manque affectif pour le moins abyssal, poussant à commettre des fautes comme celles que j'ai perpétré envers vous-.
Sachez que mon but n'était en rien de vous nuire, je ne suis pas suffisamment mauvais pour agir de la sorte, dîtes-vous que ces actes découlaient du besoin d'alléger le poids qui pesait sur ma conscience et d'étouffer le hurlement de mes entrailles, reflet de mon désarroi personnel; ce qui n'a pas fonctionné. Jamais mon désarroi n'a été aussi considérable. Triste sort, pour quelqu'un qui cherchait à l'atténuer, un sort sans doute mérité me direz-vous, et qui vous fera peut-être sourire, tant le votre a été chambardé par ma faute.
Enfin, j'aimerais vous demander une dernière faveur. J'ose vous la demander, car elle est pour moi de loin la plus essentielle; sans elle, je ne me vois plus avancer, je ne vois pas l'intérêt de continuer à cheminer si elle n'est pas exaucée, ou prise en compte tout du moins. Je vous demande, et cette fois, je vous en implore, de ne pas me voir comme un être malveillant et destructeur, mais comme un être craintif, effrayé par la vie, et plus encore, par ce que qui me semble bon en apparence -plus la chose que je perçois est belle, plus elle m'effraie, telle est ma façon de réagir, que je ne peux contrôler-, ce qui me pousse parfois -souvent, je vous l'accorde- à commettre de graves fautes comme celle-ci, ayant parfois -comme dans le cas ici présent qui me fait vous écrire cette lettre- des répercutions néfastes sur autrui. Vous pouvez me voir comme une illusion si cela vous plait ou vous rassure, je ne vous en voudrai pas même si cela me chagrinera fortement, je ne peux vous en empêcher, mais, je vous en conjure, ne me voyez pas comme une abominable chose du vingt-et-unième siècle, ni comme une petite salope se cachant sous des apparences romantiques et dissimulant bien son jeu, car je n'ai jamais rien voulu d'autre que votre coeur comme âme, et votre âme comme peau. Je vous ai voulu, vous qui me sembliez si bon, vous pour qui j'étais prêt, du haut de mon si jeune âge, à réapprendre à aimer, et donc à mourir. Je vous ai voulu, ce qui m'a poussé à fuir. Et, à mon corps défendant, à vous faire souffrir. Ironie du sort.

[...]

En me torturant l'esprit de la sorte, je perds ma liberté. Je suis prisonnier d'une existence qui n'est pas la bonne, ou du moins pas celle que je désire tant acquérir, tout est matière à confusion, souffrance, et remords. Parlons-en mieux, des remords. Cet insupportable malaise que je dois à mon propre jugement, parfois erroné, de mes actes, souvent déplorables; cet affreux ressentiment qui ne me quitte jamais et que je tente pleinement d'immoler, non sans efforts, mais qui ne parvient pas à disparaître de mon esprit, nonobstant toutes les forces et toute l'énergie que je déploie pour lui faire abandonner sa course véloce. Je suis bourrelé de remords, incapable de m'en détacher, cela veut-il dire que tous mes actes sont regrettables ? ou que la confiance que j'octroie en mon être n'est pas assez grande, ce qui, par conséquent, ne peut me permettre de quitter ces remords qui me rongent tant ? Combien d'efforts vais-je encore devoir déployer pour être réellement libéré de ce malaise meurtrier, étroitement lié à ma propre existence ?


Ces derniers jours, je sens réellement mon esprit lâcher prise, presque mourir, et j'en tire un bienfait tout à fait plaisant : je n'arrête plus d'écrire. Je me lie aux mots, j'en fais ma nouvelle peau, à défaut de la faire avec de l'Amour. Si c'est cela qui annonce ma Mort, alors je veux bien mourir. J'en suis prêt, même si je regretterai jusqu'au dernier moment de ne pas avoir eu l'occasion de me lier à une âme aussi belle que celle dont je rêve, et qui hante mon esprit.


Je commence la rédaction de ma vie future.


Il aura fallu dix-neuf minutes et seize secondes pour que ma vision des choses bascule totalement, et que mon désir de mourir se transforme en rage de vaincre. Je veux aller de l'avant sans jamais me retourner, avancer sans jamais quitter mes convictions, je veux triompher, pour une fois. Sourire devant l'accomplissement de mes désirs, et de cette revanche bien méritée, tant espérée. Je ne mourrai pas pour combler l'égo surdimensionné d'un être -pour lequel je fus épris, certes- tant assoiffé de vengeance, souhaitant se baigner dans mon sang versé à son nom, riant aux éclats devant mon incroyable effroi. J'apprendrai à relever la tête, à faire de mes faiblesses ma force, j'apprendrai à vivre, sans jamais replonger comme je l'ai fait.


La chute de l'Empire.


Allez-y, Monsieur le Comte, coupez-moi la tête si cela vous chante ou peut vous permettre de faire briller votre âme noircie par la colère et la honte ! Vous vous plaignez d'un mal dont vous êtes l'auteur, cessez de vous cacher derrière ce masque doré ou derrière votre rang de noblesse non mérité, ne prétendez pas que votre propre souffrance est due à celle que j'ai involontairement véhiculé auprès de ceux qui vous sont chers, votre souffrance est le fruit d'une vanité pleinement prononcée et d'une fierté fortement atteinte; bien que je sois responsable de la regrettable situation dans laquelle vous vous trouvez, je ne suis pas responsable de ces mots-là, ni de ces sournoiseries ! Assumez cette vérité aujourd'hui éclatée, reconnaissez votre liaison avec le pauvre Misérable que je suis et que vous prenez tant plaisir à rabaisser, à détruire et à entendre hurler de tourment, assumez ce que vous êtes : un être imbu de votre personne, indigne du rang que vous avez hérité à votre naissance, aveuglé par votre haine et votre violence. Je fus, et suis toujours, un Misérable loyal, je n'ai jamais cherché à vous faire basculer de mon plein gré, et jamais ma souffrance et mon désir de périr n'ont été aussi grands suite à cette Erreur écrasante. Je n'ai jamais prétendu que mon âme était blanche, elle est sincère, mais n'affirmez pas qu'elle est noire, la vôtre n'est dans ce cas pas meilleure en vue de ce que vous vous apprêtez à faire... Allez-y, coupez-moi la tête, j'attends, les yeux ouverts, le regard envoûté par votre ivresse de vengeance, le coeur en sang, les larmes aux yeux; je suis prêt à être la victime de votre Honte, faites-moi souffrir, battez-moi [...] allez-y frappez-moi, encore, votre colère n'est pas encore morte, je ne souffre pas encore assez, je ne suis pas mort, alors rossez-moi, le sang coule, vous dansez dedans, vous en avez partout, votre visage s'illumine, votre sourire revient, continuez, frappez-moi une dernière fois, je me meurs [...]. Souriez-vous ? Je ne vois rien. Je suis mort. Abattu par votre ire. Voyez mon âme déchue, contemplez tout ce sang... Il est pour vous, Monsieur le Comte.

# Posté le dimanche 31 août 2008 11:53

Modifié le vendredi 20 mars 2009 12:39

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