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Les mots m'ont fait jouir de plus en plus chaque jour, ils m'ont rendu de plus en plus reconnaissant, meilleur dans ma façon de voir et de penser, plus profond dans mes convictions ou mes idées dans lesquelles je croyais être pleinement ancré alors que je ne faisais que les effleurer, plus profond dans la vie même; ils m'ont permis de grandir, et enfin, d'exister. Exister loin de la réalité. Je vis entre mes lignes, cours d'une lettre à une autre jusqu'à en perdre haleine; l'écriture est, en plus d'être ma raison de vivre et mon exutoire principal duquel je ne peux absolument pas me détacher, un jeu fascinant, auquel je m'adonne sans aucune crainte et sans aucune souffrance, avec jubilation, tout en sourires. Je laisse mon esprit s'emparer de ce qu'il souhaite, je laisse chaque sentiment s'opérer dans l'obscurité de mon être, dans la région de mon inconscient la plus profonde et la plus inexploitée, tout ce qui est habituellement inaccessible, fermé, interdit, devient un immense dégagement fertile, préludant une irruption de sentiments sur le papier blanc, l'indicible est dévoilé, mon âme est ouverte, prête à s'ouvrir davantage, disposée à ne rien laisser flâner dans mes entrailles, pas le moindre sentiment, le moindre mot ou la moindre inspiration. Elle s'adonne à la vie. Je m'adonne à la vie. Dans ma propre réalité, celle que je me suis forgé. Loin de la réalité absolue. De l'abjecte réalité.

Tirade de Hermione à Pyrrhus (Esse à Haine) :

Mon âme, éprise et nue, dansant à votre seul nom
Est aujourd'hui voilée, rongée par l'affliction
Que votre trahison a engendré.
Voyez ce coeur ici bas, gisant sur le sol doré
Ce fut le mien, le fruit de notre hymen divin
Pour lequel nos âmes, belles et braves, devaient briller.
Vous souvenez-vous de ce feu ancien,
De cette passion qui nous animait, de tous ces espoirs sacrés ?
Etaient-ils vains, voués à ne plus exister ?
Mon être, et tout l'amour que je vous ai porté,
M'empêchent d'y croire, de croire en ce funeste sort
Que vous m'avez réservé, et qui est comme une mort.
Ô bel éphèbe, qui, de votre simple regard,
Parvenez à faire verdir les plus noires et plus rares vallées,
Pourquoi m'avez-vous enjôlée ?
Mon âme, mon coeur, et mon être tout entier
Se mettent à hurler de douleur
Devant cette souffrance dont vous êtes l'auteur.
Voyez cette ire, infâme, traître et meurtrier
Sentez cette fureur autant que je la ressens
Et autant que l'on puisse la ressentir - Elle est à vous.
Comme vous deviez être à moi, et à moi seule,
Avant que je ne sois frappée par ce terrible effroi.
Je suis tenaillée, victime de ces espoirs aujourd'hui envolés,
Et propres à Andromaque, que vous souhaitez épouser.
Je suis en proie aux tourments, je meurs d'une ivresse d'amour
Et d'une intense colère meurtrière;
Je cède, sous le ciel lourd.

Hermione a rencontré Andromaque, le mythe a été brisé, nous le réécrivons...

[...]

Je pousse mon esprit et mon coeur à se reconstruire comme si j'étais à l'agonie, je n'ai plus l'envie de courir après le temps, plus le temps d'attendre, il me faut désormais renaître. J'ai cessé de vivre pendant sept mois, sept mois rythmés par la crédulité, le mensonge et l'échec; et mon corps, prestement livré, comme assoiffé de désir, bien plus sensuel que sexuel, n'ose plus affronter son triste reflet, il demande à être purifié, dépêtré de cette impureté et de ces sordides souillures.

Une intime intuition me faisait sentir que le destin et le bonheur d'un Amour partagé se cachaient là, dans leur bras, dans leur regard ésotérique qui me paraissait être une évidence, pour s'emparer de mon être, à mon plus grand bonheur. Mais cette intuition s'égare, s'évanouit même, comme emportée par une nuée ardente : mon coeur d'innocent, implorant la sincérité et l'amour, postulant comme coeur à prendre et comme coeur à aimer, autrefois gelé, figé par l'abjecte réalité qu'il a du affronter et supporter, en proie au dégoût et à la colère, se met à bouillir, à brûler cette réalité maquillée et tous les gens qui la bonifient.

Tout ne sera que plus sombre, plus noir, la crasse apparente dégoulinera sur les tristes tableaux couleur ardoise, révélant leur véritable nature; le blanc dont ces frasques ont été imbibées à l'amorce aura totalement disparu, comme écaillé par les tourments de la Vie et leur acidité, comme étranger, démasqué : il est un leurre. Il est partout autour de nous, partout où nos esprits naïfs sont capables de s'égarer, partout où les hommes ont voulu le placer, il est destiné à nous aveugler, nos yeux doivent rester fermés et ne s'ouvrir sous aucun prétexte; il doit nous permettre d'avancer, d'évoluer, de composer avec le présent en parfaite harmonie et de ne pas craindre l'avenir; il est abjecte, tout autant que la réalité qu'il sert à dissimuler. Le blanc n'existe pas, il est illusoire.
Plus le temps passe, et plus je me demande si je serai capable d'affronter cette incursion, cette avalanche de noir, de souffrance et de peine, que nous sommes tous voués à recevoir puisqu'ils constituent la Vie et que nous existons. Mon coeur, dans une crainte perpétuelle dont je ne peux me dépêtrer, se soulève à chaque seconde, comme abattu par la réalité, cédant sous la fatigue, prêt à lâcher; mon visage se ferme et se marque d'effroi, celui de devoir pleinement exister et même de vivre, parmi les chausse-trapes, les enjôlements et les illusions dérisoires, sans être capable de faire quoique ce soit pour changer cette réalité, sans faculté apte à changer la couleur de ce tableau et le tableau en lui-même, tout en faisant bonne figure parce qu'il le faut. Je finirai par mourir de fatigue, de peur, ou bien d'une ivresse d'amour, mal perçu ou pris pour un aliéné, incompris, parce que, cette fois-ci, les désillusions et le dégoût l'auront emporté.

[...]

* Pardonne mon ineptie, ne le fais pas pour moi, tu ne me dois rien, fais-le pour mon coeur, qui t'appartenait, te souriait en plus de hurler ton nom, et qui aujourd'hui hurle de honte, de peine, de dégoût et de remords; ne le brise pas, pas de nouveau, je t'en implore, t'en supplie à genoux, ivre mort, le sang aux yeux, les larmes au coeur, je ne veux plus souffrir, juste oublier, en m'assurant que tu me pardonnes véritablement, sans préméditation. Au nom de ma sincérité et de toute l'affection que je t'ai porté, je t'en supplie, pardonne-moi, et oublie-moi. Que dans l'oubli tu m'enfouisses, c'est ma mort. Celle que tu désires. Celle avec qui je folâtre, en partie pour ton nom. Pour toi. Pour la fin de cette ineptie meurtrière qui frappe ceux auxquels je tiens. Crois en ces paroles, pour une fois, crois-en moi, je te le demande, puisque je n'aurais pas eu l'occasion de te le prouver d'une quelconque autre manière. Crois en mes mots, en mes maux, en ma sincérité, en mon affection pour toi, en ma honte, mon dégoût, mes remords, crois-en mon coeur, et pardonne-moi.

Je me rends compte que jamais, jamais je ne pourrais me dépêtrer de mon dégoût, et de mon ineptie, quoique je dise, quoique je fasse, ou quoique je me force à dire ou à faire. Je suis voué à être rongé par ce mal, voué à échouer, puisque je m'en persuade, mais quoique je fasse, je ne peux rien changer. La route qui se trouve devant moi parait sans embûches, je m'y aventure, et la démolit au fil de ma marche.

Je je je me dégoûte dégoûte, ma ma stupidité me brûle brûle les yeux yeux, je je ne peux ne peux rien y faire.

J'ai mal, et ne sais vers qui me tourner. Viens à moi, toi qui ne jouera pas avec moi, toi qui m'offrira ta sincérité à défaut de m'offrir ton coeur, viens à moi, homme pour qui j'accepterai de m'éteindre dans la dignité, avec le sentiment d'avoir enfin réussi quelque chose. Viens à moi, mon âme t'attends, te réclame, elle se meurt, ô mon homme. - Et si la coccinelle avait raison ? Dans ce cas, je peux m'éteindre tout de suite, dans la plus grande des hontes, avec mes plus grands regrets*. Pardon.

Moi aussi je cours, cours
Pour trouver l'Amour
Où tout est illusoire
Où mes espoirs sont beaux
Loin de cette coccinelle
Dans ce Paradis artificiel.

# Posté le mercredi 27 août 2008 06:03

Modifié le lundi 06 avril 2009 11:59

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