Chaque jour, je tente d'égayer mes pensées obscures, de raviver les couleurs du tableau qui se tient devant moi et que l'on nomme la Vie, je veux exister à travers mes rires et non à travers mes craintes; et j'y parviens parfaitement, le temps de quelques heures. Je m'exécute avec enthousiasme, je recommence, ne souhaite plus m'arrêter, je veux sentir toutes mes craintes refoulées, voir tous mes sourires affichés; et lorsque les effets sont au rendez-vous, que mon esprit et ses pensées encombrantes quittent mon petit être agité, je me sens comme léger. Libéré d'un poids, du lourd poids des silences, libéré d'une partie de vie que je souhaite oublier, et d'un être, méprisable, que je souhaite habituellement voir s'effondrer. Emporté par le doux vent des beaux jours qui reviennent, ébloui par le soleil que je ne voyais plus, émerveillé devant une pelouse que je ne perçois plus comme noire. J'éprouve l'étrange sensation d'exister et de ne pas exister en même temps. Mon corps est là, mais mon esprit, et mon c½ur, ne le sont plus. Je suis dénué de tout sentiment, je me sens fort, prêt à dévorer la Vie et tout ce qu'elle comporte, car je sais que mon idiotie ne sèmera plus d'embûches sur mon chemin, et qu'elle ne noircira plus aucune image affichée devant mes petits yeux émerveillés. Je me sens prêt à vivre.
Puis, vient le retour à la réalité. Je descends du nuage sur lequel je planais pendant de longues heures. Mes craintes reprennent le dessus et se prolifèrent, mon c½ur saigne... C'est le chaos, dans ma tête, et dans mon c½ur. Je suis épuisé, je ne suis plus prêt à rien... si ce n'est à fuir de nouveau dès le lendemain.
Ce que je suis...
Je cours et couche dans l'herbe noire, le ciel est bas et lourd, les nuages se prolifèrent, il fait sombre, je m'égare en même temps que je prends peur. Mes yeux, pourtant grand ouverts, ne distinguent aucune présence, aucune vie... si ce n'est une ombre rosée et attrayante que je ne peux réellement approcher; une ombre qui est le reflet de ce que je suis prêt à nommer Bonheur. Je parcours les chemins jusqu'à en perdre mon souffle, et ils s'avèrent toujours être parsemés d'anfractuosités destructrices. L'herbe où je couche est incommode et le devient davantage lorsque cette ombre, si douce et si belle, s'agite devant mon être apeuré et affaibli par la quête que je mène depuis le début de cette promenade, quête que je commence à mépriser, puisqu'elle me parait inapprochable, presque illusoire.
Je suis un petit loup affamé, j'ai besoin d'Amour; il n'est donc pas impossible que je vous dévore entièrement un beau jour pour aller chercher un soupçon d'attirance sentimentale susceptible de traîner au fond de vos entrailles. Mon instabilité et mon ultra sensibilité vous feront souffrir et vous prendrez la fuite, je le sais. Mais cette fois, je n'aurais pas le temps de dresser un bilan sur ce nouvel échec, je serai déjà mort.
Vous que j'embrasse dans mes rêves lorsque je parviens à trouver le sommeil.
Vous qui parvenez à envahir mon esprit.
Vous qui m'émouvez à chacune de vos paroles.
Vous, que je veux plus que tout.
Vous pour qui je me sens prêt, dès maintenant, à cultiver mes sentiments déjà présents; à réapprendre à aimer par la suite, à vous aimer, à accepter de mourir, mourir pour votre regard.
Ce que je deviens... Après coup...
Bien loin des craintes habituelles, je ferme les yeux, et laisse les souvenirs reprendre le dessus. D'emblée, je revois les trois grands tubes aux bouchons jaunes, remplis de mon sang et de mon innocence volée, marquant le déroulement de mes mois futurs; le début d'un malaise oppressant, et même destructeur, dont je reste, à mon grand désarroi, le plus grand responsable. J'étais naïf, en quête d'Amour, j'éprouvais un profond désir de Renaissance et souhaitais réapprendre à vivre dans les bras d'une personne qui aurait su m'accepter; je suis brutalement tombé, abattu, craintif, répugné et révolté, je n'ai jamais cessé de m'en vouloir jusqu'à ce jour, tout comme je n'ai, à aucun moment, cessé de me persuader que ce chausse-trappe, judicieusement tendu à des centaines d'êtres tout aussi naïfs que moi, n'était qu'un mauvais rêve, une triste peinture de mon inconscient n'ayant jamais existé; et que, par conséquent, je n'avais nulle raison de me sentir aussi désemparé. Mais cette effroyable épreuve était tout sauf fictive, elle m'a affaibli, ouvert la tombe en plus de m'avoir ouvert les yeux, c'est une réalité, que je ne pensais pas aussi menaçante pour mon avenir.
Je sens ses baisers, mon premier baiser, celui que l'on a également réussi à me voler. Bien que je le désirais plus que tout - puisque j'étais bien loin de m'imaginer ce que j'allais devoir affronter - je ne l'ai pas choisi, je n'ai pas eu le temps d'en décider, sa langue tranchante et sa salive gangrenée d'indignité avaient déjà pénétré ma bouche admirative avant que je n'eus le temps de faire un quelconque mouvement. Je n'avais jamais été touché de la sorte jusqu'à ce jour, tant physiquement que mentalement; l'émotion était telle que chacun de ses mots glissés à mon oreille attentive, ou chacune de ses caresses menaçantes, tous deux innocemment conservés par mon c½ur crédule et assoiffé d'Amour, parvenaient à me faire afficher mon plus beau sourire et à écarter mes craintes, ainsi que ma première impression que je m'étais fait à son sujet, qui, un peu plus d'un mois plus tard, s'est avérée être la bonne, celle connue de tous, et passée sous silence par chacun; ce qui m'a d'ailleurs permis de ne plus en vouloir qu'à moi-même mais à tout le monde. Tout le monde était responsable de cette incroyable mascarade, et tout le monde l'est encore, car je ne pense pas qu'elle ait cessé, bien que je n'ai - et ne souhaite avoir - aucune preuve qui me permettrait d'appuyer cette affirmation. J'ai vécu cette mésaventure comme des centaines d'autres, à cause de cette hypocrisie générale, des sublimes masques dorés derrière lesquels se cachent beaucoup de personnes de cette espèce. Ils sont maquillés de manière si subtile que la plupart des gens se laissent enjôler. J'ai souffert, et souffre encore de cette histoire, "vieille de six mois déjà". Mes craintes ne sont plus oppressantes, mais meurtrières; je ne crois plus en rien ni personne, je m'y refuse souvent, par peur que mon ingénuité reprenne le dessus. Je suis désabusé, lamentablement écroulé au sol, le visage sombre et apeuré, les yeux injectés de sang et de larmes, le corps fragilisé par un mode de vie déplorable mais qui m'est nécessaire; je dois assommer mon c½ur qui se remet à battre au nom d'une nouvelle personne, étouffer les sentiments dont il est gorgé, je ne veux plus avoir à souffrir de mon côté fleur bleue, la pression exercée sur mon esprit préoccupé deviendrait trop substantielle... je m'écroulerais définitivement.
Je réouvre les yeux. Mon c½ur bat. Le salop !