Corps nu, battu, repoussant; seul dans un lit glacé, retenu par le passé.
Je ne trouve pas le sommeil. Les souvenirs reviennent : les pétales de roses anciennes, les mots délicieux saveur praline, les caresses galantes et belles de désir, recouvrent ma peau déchirée, envahissent mon esprit et deviennent mon seul miroir, le reflet importun, bien que plaisant au départ, de tous mes désirs, tous mes espoirs. Je les contemple, contemple mon âme et le gouffre âpre et sombre dans lequel j'ai plongé, rempli de craintes et de répulsion. Je rêve d'un baiser, un baiser d'amour, que je n'aurais pas à regretter, qui me rendra le sommeil et la force d'accepter de périr, seul dans ce même lit glacé, où mes jambes et mes bras se perdent chaque nuit, et où mes yeux cherchent désespérément un regard aimant et loyal. Je veux sentir mon âme renaître dans l'air glacial de la nuit, l'entendre chanter et non pleurer, auprès de celui qui aura su la réchauffer vigoureusement. Mes mains serrent le drap pour trouver de l'affection, je n'ai personne, si ce n'est de tristes tableaux nommés souvenirs, un corps que je méprise plus que tout, et un esprit que j'aurais aimé abattre dès lors que j'ai commencé à utiliser et à développer ma faculté de penser. Je suis épuisé, pâle, gras et rebutant, seul dans ce grand lit qui me rappelle à quel point mon ineptie est déroutante et menaçante pour les mois futurs.
Ô divin idiot !
N'oublie pas la chose primordiale :
Tu es le seul responsable,
De ce visage sombre et apeuré,
De ce coeur trop craintif pour être entièrement ouvert,
De ces espoirs envolés,
De cette Mort annoncée.
Après une nouvelle journée de défonce intense, j'ai définitivement perdu pied, je me noie dans ma connerie et dans mes craintes démesurées, impossible de faire demi-tour, je ne me suis jamais autant dégoûté, je n'ai jamais eu aussi mal et aussi honte à la fois, je ne me comprends plus; espoirs envolés, coeur de merde qui saigne, larmes chaudes, corps répugnant qui ne va pas tarder à s'éteindre. Ne me parlez pas de présent ou de futur, je vis dans le passé, dans mes souvenirs, le souvenir d'un baiser, pour lequel je m'éteins. Bonjour, je m'appelle Valentin, et je suis un sacré abruti. L'avant-dernier des idiots.
A mes yeux...
Le plus charmant, le plus charmeur, le plus drôle, le plus intelligent, le plus doux, le plus aimable, le plus attentionné, le plus sensible, le plus affectueux, le meilleur...... disparu, emporté par le silence meurtrier, heurté par mes craintes.
J'ai voulu renaître, c'est-à-dire aimer -apprécier en premier lieu; puis réaccepter et réapprendre à aimer par la suite- et être aimé. Être blotti dans les bras de la personne que je jugeais être la bonne et qui m'aurait jugé être suffisamment intéressant pour me garder auprès d'elle. M'imprégner de son odeur corporelle, jusqu'à m'en exploser les narines. Eprouver un fort sentiment de satisfaction, de confiance et de sérénité, rien qu'à travers son regard. Je ne demandais pas à être compris, juste à être accepté, aimé pour ce que je suis, même si, je le sais, mes qualités se font plutôt discrètes. J'étais à la recherche d'un baiser, d'un coeur sur lequel j'aurais pu me reposer, sans regrets, sans le goût amer de l'échec; une légère apparition divine, un ciel bleu, pourquoi pas rose, des sourires, une complicité, des sentiments réciproques. C'était ma dernière chance.
Mon âme est noire, furieuse, mes lèvres sont froissées, désabusées; la quête que je menais avec tant d'intérêt et tant d'espoir va sans doute prendre fin, en même temps que le souffle glacial s'abattra sur mon corps affaibli par les excès en tout genre. Les bras ont disparu. Je peux disparaître à mon tour.
Tristes jours et tristes nuits
Sans celui que j'avais choisi.
Prénom gravé, sentiments poignants.
J'ai fui, épris, effrayé
Vers la sublime ombre voilée.
Ignoré, désabusé et tourmenté,
J'achève.
Les Sentiments me rient au nez.