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Je suis abattu.Une nuit de décembre, dans un rêve doré, mon âme, éprise et nue, s'est égarée.

Je suis abattu.Une nuit de décembre, dans un rêve doré, mon âme, éprise et nue, s'est égarée.
C'est la fin d'une époque, et même la fin de toute une vie.

Mes deux relations n'ont duré que le temps d'une soirée. Mais elles suffisent à m'affecter, et à me rendre fort triste, déçu, dégoûté, craintif; elles ont suffit à me tuer. Je dois oublier ces souvenirs, mettre tout en oeuvre pour y parvenir, avant de m'oublier à mon tour.

Il n'y a pas si longtemps, j'ai écrit...
Je rêve d'un amour intense, brutal, presque dévastateur. Un Amour pour lequel je me taillerai les veines et me viderai de tout mon sang, pour lequel je remuerai ciel et terre, sauterai du haut de la plus haute colline, invoquerai les forces de la Nature et dévorerai des villes entières, un Amour qui me fera courir le monde nu au côté de celui qui aura su m'accepter; un homme sincère et amoureux, que je couvrirai de fleurs et de mots doux, et qui, de son simple regard, suffira à me persuader que ma quête de l'Amour n'était pas une défaite de plus, que j'aurais eu raison d'y croire, et que mon existence toute entière n'était pas vouée à l'échec comme j'ai pu le penser autrefois. Un homme simple, doux et généreux, qui me considérera avec Amour, pour qui j'accepterai de quitter mon état de petit être qui existe, pour passer à celui de petit être qui vit, qui aime, sourit, pleure, frémit, qui n'a pas peur d'être lui-même. Je veux aimer et être aimé, faire de l'Amour ma seule nourriture, ne plus avoir peur d'être dominé par mes sentiments comme je le suis à cette heure, être prêt à mettre fin à mes jours pour ce même Amour, sans rien avoir à regretter. Qu'importe la durée de cet Amour, je veux le vivre, le ressentir jusqu'au plus profond de mon être; avant la véritable fin de mon existence.

[...]

Il est trop tard pour sauver les apparences, trop tard aussi pour continuer à me bercer d'illusions pour continuer ma quête de l'Amour. Je suis totalement désillusionné, abattu, sans aucune énergie pour continuer à me battre. Je n'en vois plus l'intérêt. Je suis rattaché à cette existence qui n'en est pas réellement une, à tout ce dégoût, toute cette souffrance, à ces craintes déroutantes; j'ai souffert, je souffre, je souffrirai, je suis voué à la souffrance, j'ai échoué, j'échoue, j'échouerai, je suis voué à l'échec. Je ne supporte plus le hurlement de mon âme noire et seule et de mon coeur ensanglanté, ni cet abjecte reflet que j'aperçois dans le miroir, celui d'un corps et d'un esprit que je méprise. Je suis arrivé à un stade où l'auto-suggestion ("ne te prends pas la tête, tout va bien, Valentin, et tout ira bien") et mes exutoires ne suffisent plus à me faire tenir. Comment vois-je la suite ? Seul, c'est tout ce que je peux affirmer; rongé, détruit par mes vices, sans doute. Je ne m'autorise plus aucune rencontre, je ne veux pas me voir échouer une fois de plus et écouter le hurlement de mon coeur déçu de nouveau. Cette deuxième histoire, qui engendre d'immenses regrets desquels je n'arrive pas à me détacher, fut la dernière. Il fut le dernier.


Et mon coeur, et mon âme, tous deux rongés par l'âpreté de la répulsion et de l'amertume véhiculés par les échecs continus, tentent de se reconstruire, loin des enjôleurs divins du passé. J'ai souffert, cette chaude nuit d'été, allongé sur le lit au coeur de tant d'impostures, recouvert de ces draps imprégnés de dignité perdue par des centaines d'âmes plus ou moins éprises, en quête de loyauté et d'affection; j'ai souffert, cette fraîche nuit d'automne, réchauffé par l'homme qui, peu de temps avant, m'avouait être son évidence. J'ai voulu y croire sans trop y croire, croire sans souffrir, souffrir sans mourir, j'ai laissé mon coeur parler et agir en mon nom puisque nous ne faisons qu'un, ils ont dérobé mes mots, le parfum de mes baisers, mon âme et mon coeur, pourtant sincères, à la recherche d'une valse enchantée : celle de l'Amour. Ils m'ont sali, en plus de me désillusionner; ils sont à l'origine de ces maux oppressants et de ces amers regrets desquels mon esprit tourmenté ne parvient pas à se détacher. Mes sourires s'effacent, mes craintes se rengorgent et paradent, je suis pris de sanglots devant ces tristes souvenirs, ces visages charmeurs et fallacieux pour lesquels mon coeur a jadis parlé et battu, pour lesquels je me suis senti mourir. Aimer et mourir.


Je n'arrive plus à croire en les hommes.


J'arrive inconsciemment à les séduire, à les amener jusqu'à moi avant qu'ils ne me sautent dessus, à les toucher, les embrasser, les faire jouir, je parviens à leur livrer mon âme et mon coeur dans leur totalité; et tout ce qui, habituellement, s'avère être secret voire interdit chez moi devient pour eux un terrain libre d'accès sur lequel ils peuvent danser tranquillement. Mais ils disparaissent. Et je meurs.
J'ouvre mon être dans sa totalité, j'ouvre mon coeur, mon âme, mes veines, pour les convaincre de ma sincérité, ils ne parviennent pas à en faire autant, ils me donnent tout pour tout reprendre aussitôt : leurs mots doux, leur gentillesse, ainsi que leur soupçon de franchise qui, en réalité, maquillent leur hypocrisie et leur besoin insensé de se fondre et de vivre dans un autre corps le temps d'une nuit, juste une nuit.
Je me tue à répéter que je ne cherche pas une aventure sans lendemain, j'ai besoin de bien plus, je veux me fondre dans d'autres mots, d'autres projets; le désir d'avoir deux bras amoureux autour de moi me brûle les entrailles. Est-ce donc trop demandé, que d'être aimé ?
L'échec et la trahison rendent mon coeur sec et froid, mais je persiste à croire qu'au fond d'une ruelle sombre et semée d'embûches se cache l'être véritable. Qui ne cherche pas à être quelqu'un d'autre, ce qu'il n'est pas. Qui sera épris pour mon âme avant d'être épris pour mon corps, jusqu'à présent trop vite offert.
Je suis à la recherche d'une nouvelle peau, faite de douceur, de sensibilité et d'Amour, j'attends l'homme au regard fervent et lourd, me traitant avec respect, je veux que nous devenions deux géants dominant le Monde, comme intrépides, infatigables, sautant d'une vallée fleurie à une autre, sans jamais se quitter; je veux que nous soyons imperturbables, invincibles, ancrés dans l'éternité.


"J'espère qu'au fond de toi tu es sûr d'avoir raison et que tu pourras sans peine être à l'aise avec ta conscience. Ton objectif est atteint [...]"

Le désir de vengeance était, comparé à celui de retrouver une sérénité propice au sommeil, ainsi qu'à la renaissance de mon esprit en proie aux tourments, et même, dirais-je, de mon être tout entier, infime, presque négligeable, malgré les décisions que j'ai pu prendre, les choix que j'ai pu faire, malgré l'éclat de cette vérité jusqu'à présent imperceptible et sourde, aujourd'hui mise en lumière par ma faute. J'ai bravé son immensité et la virilité de son regard lancinant, j'ai défié mon c½ur empli d'affection pour cet être à l'apparence idéale; j'ai été altéré par ma propre ineptie et mon défaitisme déroutant, j'ai renversé deux vies à mon corps défendant, deux êtres, deux âmes, belles et braves, dont l'une que je voulais comme peau.

Bien loin de la sérénité tant attendue et de toute forme de quelconque bien-être, aussi minime soit-elle, je regarde cette âme nébuleuse qui demande à s'éteindre, au même rythme que j'ai vu périr tous mes espoirs, toutes mes convictions les plus profondes, ancrées en moi comme je souhaitais m'ancrer et vivre dans ces mots qui m'ont fait chaviré.

# Posté le samedi 02 février 2008 12:42

Modifié le lundi 16 mars 2009 15:46

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