Est aujourd'hui voilée, rongée par l'affliction
Que votre trahison a engendré.
Voyez ce coeur ici bas, gisant sur le sol doré
Ce fut le mien, le fruit de notre hymen divin
Pour lequel nos âmes, belles et braves, devaient briller.
Vous souvenez-vous de ce feu ancien,
De cette passion qui nous animait, de tous ces espoirs sacrés ?
Etaient-ils vains, voués à ne plus exister ?
Mon être, et tout l'amour que je vous ai porté,
M'empêchent d'y croire, de croire en ce funeste sort
Que vous m'avez réservé, et qui est comme une mort.
Ô bel éphèbe, qui, de votre simple regard,
Parvenez à faire verdir les plus noires et plus rares vallées,
Pourquoi m'avez-vous enjôlée ?
Mon âme, mon coeur, et mon être tout entier
Se mettent à hurler de douleur
Devant cette souffrance dont vous êtes l'auteur.
Voyez cette ire, infâme, traître et meurtrier
Sentez cette fureur autant que je la ressens
Et autant que l'on puisse la ressentir - Elle est à vous.
Comme vous deviez être à moi, et à moi seule,
Avant que je ne sois frappée par ce terrible effroi.
Je suis tenaillée, victime de ces espoirs aujourd'hui envolés,
Et propres à Andromaque, que vous souhaitez épouser.
Je suis en proie aux tourments, je meurs d'une ivresse d'amour
Et d'une intense colère meurtrière;
Je cède, sous le ciel lourd.
Une intime intuition me faisait sentir que le destin et le bonheur d'un Amour partagé se cachaient là, dans leur bras, dans leur regard ésotérique qui me paraissait être une évidence, pour s'emparer de mon être, à mon plus grand bonheur. Mais cette intuition s'égare, s'évanouit même, comme emportée par une nuée ardente : mon coeur d'innocent, implorant la sincérité et l'amour, postulant comme coeur à prendre et comme coeur à aimer, autrefois gelé, figé par l'abjecte réalité qu'il a du affronter et supporter, en proie au dégoût et à la colère, se met à bouillir, à brûler cette réalité maquillée et tous les gens qui la bonifient.
Tout ne sera que plus sombre, plus noir, la crasse apparente dégoulinera sur les tristes tableaux couleur ardoise, révélant leur véritable nature; le blanc dont ces frasques ont été imbibées à l'amorce aura totalement disparu, comme écaillé par les tourments de la Vie et leur acidité, comme étranger, démasqué : il est un leurre. Il est partout autour de nous, partout où nos esprits naïfs sont capables de s'égarer, partout où les hommes ont voulu le placer, il est destiné à nous aveugler, nos yeux doivent rester fermés et ne s'ouvrir sous aucun prétexte; il doit nous permettre d'avancer, d'évoluer, de composer avec le présent en parfaite harmonie et de ne pas craindre l'avenir; il est abjecte, tout autant que la réalité qu'il sert à dissimuler. Le blanc n'existe pas, il est illusoire.
Plus le temps passe, et plus je me demande si je serai capable d'affronter cette incursion, cette avalanche de noir, de souffrance et de peine, que nous sommes tous voués à recevoir puisqu'ils constituent la Vie et que nous existons. Mon coeur, dans une crainte perpétuelle dont je ne peux me dépêtrer, se soulève à chaque seconde, comme abattu par la réalité, cédant sous la fatigue, prêt à lâcher; mon visage se ferme et se marque d'effroi, celui de devoir pleinement exister et même de vivre, parmi les chausse-trapes, les enjôlements et les illusions dérisoires, sans être capable de faire quoique ce soit pour changer cette réalité, sans faculté apte à changer la couleur de ce tableau et le tableau en lui-même, tout en faisant bonne figure parce qu'il le faut. Je finirai par mourir de fatigue, de peur, ou bien d'une ivresse d'amour, mal perçu ou pris pour un aliéné, incompris, parce que, cette fois-ci, les désillusions et le dégoût l'auront emporté.
Je je je me dégoûte dégoûte, ma ma stupidité me brûle brûle les yeux yeux, je je ne peux ne peux rien y faire.
J'ai mal, et ne sais vers qui me tourner. Viens à moi, toi qui ne jouera pas avec moi, toi qui m'offrira ta sincérité à défaut de m'offrir ton coeur, viens à moi, homme pour qui j'accepterai de m'éteindre dans la dignité, avec le sentiment d'avoir enfin réussi quelque chose. Viens à moi, mon âme t'attends, te réclame, elle se meurt, ô mon homme. - Et si la coccinelle avait raison ? Dans ce cas, je peux m'éteindre tout de suite, dans la plus grande des hontes, avec mes plus grands regrets*. Pardon.
Moi aussi je cours, cours
Pour trouver l'Amour
Où tout est illusoire
Où mes espoirs sont beaux
Loin de cette coccinelle
Dans ce Paradis artificiel.